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Périscope N° 38 : Un nouveau Moyen-Orient (Philippe Gélie – Le Figaro)

LETTRE EXCLUSIVE ABONNÉS – Un regard à 360° sur la scène internationale, par Philippe Gélie.

Reconnaissons-le : bien peu d’experts, de diplomates et de commentateurs pariaient sur un succès de la diplomatie « transactionnelle » déployée par Donald Trump lorsqu’il était à la Maison-Blanche. Aujourd’hui pourtant, l’équipe de Joe Biden passe en revue ses options au Moyen-Orient sur la base des changements positifs amorcés par la précédente Administration.

Un nouveau Moyen-Orient

Les Accords d’Abraham. La « normalisation » signée en août 2020 entre Israël et les Émirats arabes unis (EAU), puis en septembre avec Bahreïn, avait été accueillie comme un épiphénomène à l’échelle de la région, un « cadeau préélectoral » de ses amis arabes et israéliens au président en fin de mandat, et comme le fruit atrophié d’une diplomatie borgne, reposant sur le parti pris et le donnant-donnant. Mais le Moyen-Orient n’est pas avare en démentis. Les deux petites monarchies du Golfe ont bientôt été imitées par d’autres : le Soudan (en échange d’un prêt d’un milliard de dollars et de son retrait de la liste des États sponsors du terrorisme) et le Maroc (en contrepartie de la reconnaissance par les États-Unis de sa souveraineté sur le Sahara Occidental). Si l’Arabie saoudite finissait par leur emboîter le pas, comme beaucoup le supputent, cela signerait un basculement historique de tout le Moyen-Orient.

Adhésion populaire. La seconde surprise, plus essentielle, vient de l’engouement inattendu des populations pour ce rapprochement. Pas moins de 130.000 Israéliens – touristes et businessmen – se sont déjà rendus à Dubaï et Abou Dhabi depuis octobre. Les cours d’hébreu y seraient pris d’assaut par des Émiratis empressés de nouer des relations d’affaires en Israël. Les restaurants cacher poussent comme des champignons et deviennent la nouvelle tendance à la mode… Réciproquement, les délégations arabes sont accueillies avec tous les égards, quasiment « comme des cousins », dans l’État hébreu. Les observateurs ébaubis parlent d’une « paix chaude », contrastant avec les accords de « paix froide » conclus en 1979 avec l’Égypte et en 1994 avec la Jordanie.

On part de loin. Ayant pu observer de près le second, je me dois de rappeler qu’à l’époque aussi, l’atmosphère était à la réconciliation et à l’euphorie de projets de coopération tous azimuts… Mais considérons d’où l’on vient : au lendemain de la Guerre des Six jours, en 1967, la Ligue arabe avait proclamé lors d’un fameux sommet à Khartoum, au Soudan, « les trois non » à l’État hébreu : « Non à la paix, non à la reconnaissance, non à la négociation. » Les États arabes refusaient même d’inscrire « l’entité sioniste » sur les cartes officielles… Ce jeudi, Benyamin Nétanyahou doit effectuer sa première visite officielle aux EAU.

Start-up nations. Difficile à l’époque d’imaginer ce qui se passe aujourd’hui : la naissance d’un véritable nouvel « axe » vertueux au Moyen-Orient. On voit que trois États non-arabes étendent leur influence sur la région : l’Iran, à travers « l’arc chiite » courant du Yémen au Liban en passant par l’Irak ; la Turquie, qui s’appuie sur le Qatar et le Hamas palestinien ; enfin Israël et ses nouveaux alliés du Golfe. Or, seul le dernier s’inscrit dans une dynamique positive, celle de deux économies innovantes irrésistiblement attirées l’une vers l’autre. Israël est devenu une « start-up nation » à partir d’un minuscule territoire aride et sans pétrole, aujourd’hui à la pointe de l’innovation mondiale dans les domaines militaire, agricole, médical, financier, énergétique… Les EAU ont entamé leur reconversion d’une économie fondée sur les hydrocarbures vers une « start-up economy » en pointe dans les mêmes secteurs high-tech. D’où cette espèce de « fusion naturelle » avec le tissu entrepreneurial israélien. Après le lancement immédiat de liaisons aériennes (auxquelles l’Arabie saoudite a ouvert son espace aérien, ce qui vaut approbation implicite), un accord a été signé pour transmettre aux EAU la technologie israélienne de dessalinisation de l’eau de mer, et ce n’est qu’un début.

Une alliance jusqu’où ? Les Américains, lassés des guerres lointaines (et devenus exportateurs nets d’hydrocarbures), ne font pas mystère de leur désir de réduire leur présence dans cette région, où leurs interventions se soldent depuis trente ans par des succès plus que mitigés, c’est un euphémisme. Lloyd Austin, le secrétaire à la Défense, a commencé à réévaluer la posture militaire des États-Unis à travers le monde, et un redéploiement des forces vers d’autres théâtres que le Moyen-Orient est à l’ordre du jour. Israël, seul détenteur de l’arme atomique dans la région, pourrait-il monter en puissance au côté de Washington, voire s’y substituer progressivement, comme garant de la sécurité de ses alliés arabes ? On entend parler ces temps-ci de la négociation d’accords de défense, voire de la création d’une « Otan » régionale face à l’ennemi commun iranien… Ce qui ne manquerait pas d’attiser les tensions, Téhéran pouvant y voir une menace directe à 100 km de ses frontières.

Effet domino. Les conséquences de ce réalignement régional s’annoncent multiples :

1/ Les Palestiniens s’en trouvent marginalisés, au moins provisoirement, puisque la résolution du conflit israélo-palestinien n’est plus un préalable à un rapprochement arabo-israélien. Mais si l’État hébreu tient à ses nouveaux amis, ceux-ci peuvent peser en faveur d’une reprise des négociations. Déjà, Les EAU et Bahreïn affirment avoir conditionné leur « normalisation » à la suspension du projet d’annexion de la vallée du Jourdain par Benyamin Nétanyahou. Demain, si l’Arabie saoudite ajoutait son poids à la nouvelle alliance, elle pourrait probablement monnayer des concessions en faveur des Palestiniens.

2/ Le Liban est hors-jeu et s’en inquiète. Otage du Hezbollah pro-iranien, le Pays du Cèdre, qui fut longtemps la tête de pont des milliardaires du Golfe vers l’Europe, assiste en paria à la formation de ce nouvel axe« Les pays du Golfe n’apporteront aucune aide financière, ni même n’investiront au Liban tant qu’ils considéreront que le pays est dirigé par le Hezbollah, écrit Anthony Samrani dans L’Orient-Le Jour. En cas de confrontation avec Israël, le Liban ne pourra pas compter, comme en 2006, sur le soutien des pays arabes. » Cette fragilité, ajoutée aux malheurs d’une population exsangue, pourrait contribuer à faire exploser le chaudron libanais.

3/ La Turquie et l’Iran se retrouvent dans un front du refus de plus en plus inconfortable« Je vois Téhéran comme un perdant, analyse Alex Vatanka, chercheur à l’Institut du Moyen-Orient : idéologiquement, géopolitiquement avec une potentielle présence israélienne dans le Golfe, et politiquement chez lui. » Pour Omar Taspinar, de la Brookings Institution, Ankara est aussi « du mauvais côté du nouvel ordre au Moyen-Orient, vu comme un pays islamiste alors qu’il n’y a pas si longtemps, il était un allié d’Israël. » Les États-Unis et l’Europe disposent désormais d’appuis alternatifs pour assurer la stabilité de la région.

4/ L’Europe spectatrice de ces mutations : influencés par leur logiciel palestinien, les diplomates (français notamment) ont sous-estimé des accords qu’ils croyaient « passés contre la volonté des peuples ». Ils ont ainsi vu s’effondrer « l’un des piliers idéologiques » de la politique européenne au Moyen-Orient, et se trouvent pour l’instant réduits à une inertie sceptique.

Le facteur Biden. Joe Biden a abordé le Moyen-Orient à sa façon, déjà différente de celle de ses prédécesseurs. Il a d’abord laissé mijoter pendant un mois l’Israélien Nétanyahou, le Turc Erdogan et le Saoudien Ben Salman avant de leur passer son premier coup de fil. Il a ensuite mis en œuvre ce que le théoricien des relations internationales Joseph Nye appelle le « smart power », combinaison subtile de « soft power » (diplomatie, culture, influence) et de « hard power » (sanctions, dissuasion, guerre) : tout en offrant à l’Iran de reprendre le dialogue sur le nucléaire, il a lancé les premières frappes de son mandat contre des bases iraniennes en Syrie, en représailles aux attaques de supplétifs de Téhéran contre les forces américaines en Irak.

Un processus est amorcé, dont on ne peut encore dire à quoi il aboutira. Mais il recèle un fort potentiel de stabilisation et modernisation pour la région. En novembre 2020, les EAU ont adopté une série de réformes autorisant la cohabitation des couples non mariés, pénalisant les « crimes d’honneur », renforçant les droits des femmes, notamment dans le cadre des divorces, et assouplissant l’interdiction de consommer de l’alcool. Par effet de miroir, le rapprochement israélo-arabe pourrait aussi avoir des effets pervers, dans une région peu réputée pour son respect des droits de l’homme. 

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